• Avoue : tu t’es déjà senti un peu coupable de sélectionner le paquet de fraises régulier plutôt que le paquet bio à côté. L’idée que « bio = meilleur pour la santé » est tellement ancrée dans notre imaginaire collectif qu’elle génère une réelle pression à l’épicerie. Mais est-ce que cette culpabilité est justifiée? Spoiler : non. Et on va te montrer pourquoi, chiffres et science à l’appui.

    Bio vs conventionnel : c’est quoi la vraie différence?

    Commençons par la base. Quand on parle d’agriculture biologique, on parle avant tout d’un mode de production, pas d’une garantie nutritionnelle.

    Les producteurs biologiques s’engagent à éviter les pesticides de synthèse, les engrais chimiques de synthèse et les organismes génétiquement modifiés (OGM).

    Aussi, ils suivent les Normes biologiques canadiennes, encadrées par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). L’agriculture conventionnelle, elle, peut utiliser des pesticides de synthèse, mais aussi des méthodes modernes qui contribuent à des récoltes plus abondantes, à des coûts de production plus bas et, souvent, à une meilleure durabilité des sols.

    Ce que « biologique » veut dire sur une étiquette

    Au Canada, pour qu’un produit puisse arborer la mention « biologique » ou le logo Canada Biologique, il doit être certifié par un organisme accrédité et contenir une certaine proportion d’ingrédients biologiques :

    • 95 % et plus de contenu biologique : le produit peut être qualifié de « biologique » et afficher le logo Canada Biologique.
    • Entre 70 % et 95 % : l’emballage peut indiquer « contient X % d’ingrédients biologiques », mais sans le logo.
    • Moins de 70 % : seule la liste d’ingrédients peut mentionner les composantes biologiques, mais aucune allégation sur l’emballage.

    Psst! Ce système de certification ne dit rien sur la valeur nutritive du produit. Il atteste uniquement d’un procédé de fabrication.

    Les résidus de pesticides sur les aliments : faut-il vraiment s’inquiéter?

    C’est souvent la grande peur qui justifie pour plusieurs l’achat bio : les pesticides. Le mot fait peur, c’est vrai. Mais avant de sauter aux conclusions, faisons le point sur ce sujet.

    Comment les pesticides sont-ils encadrés au Canada?

    Au Canada, tous les pesticides doivent être approuvés par l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) de Santé Canada avant d’être commercialisés. Cette agence évalue chaque produit en profondeur pour s’assurer qu’il ne présente pas de risques pour la santé humaine ni pour l’environnement, et ce, dans les conditions d’utilisation prévues.

    C’est ensuite l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) qui surveille les résidus de pesticides sur les aliments vendus en épicerie. Les résultats sont clairs :

    • La majorité des fruits et légumes frais ne contiennent aucun résidu de pesticides détectables.
    • Environ 90 % des fruits et légumes cultivés au Canada ne présentent aucun résidu détectable.1
    • Quand des résidus sont présents, 99,5 % des cas se situent bien en dessous des limites maximales de résidus (LMR) établies par Santé Canada.

    Présence ne signifie pas danger : comprendre la dose

    Voici un concept fondamental en toxicologie : la dose fait le poison. Ce n’est pas parce qu’une substance est présente qu’elle est dangereuse. Tout dépend de la quantité à laquelle on y est exposé.

    Pour illustrer ça de façon concrète, le calculateur de résidus de pesticides de safefruitsandveggies.com est particulièrement parlant. Développé à partir d’une analyse menée par des toxicologues du Personal Chemical Exposure Program de l’Université de Californie, il montre qu’un enfant pourrait manger des centaines, voire des milliers de portions d’un fruit ou légume en une seule journée sans ressentir le moindre effet lié aux résidus de pesticides.4

    Bon
    à savoir

    Un exemple concret avec les fraises :

    Selon les estimations disponibles, un enfant devrait consommer environ 454 portions de fraises en une seule journée avant que l’exposition aux résidus de pesticides puisse théoriquement atteindre un niveau préoccupant pour la santé.

    Et le bio, est-ce qu’il évite complètement les pesticides?

    Bonne question, et la réponse va peut-être te surprendre : non. Les fermes biologiques utilisent aussi des pesticides, mais d’origine naturelle plutôt que synthétique.

    Parmi les substances autorisées en agriculture biologique, on retrouve notamment le peroxyde d’hydrogène, le cuivre et la roténone. Ces produits sont eux aussi réglementés et soumis à des limites strictes d’utilisation.

    Le mot « naturel » ne veut pas automatiquement dire « inoffensif ». L’arsenic est naturel. Le monoxyde de carbone aussi. Ce qui compte, c’est l’encadrement et la dose, et les deux types d’agriculture sont soumis à des règles strictes à ce sujet.

    Bio vs conventionnel : lequel est le plus nutritif?

    C’est peut-être là que le débat est le plus tranché, du côté de la science, du moins.

    Ce que la recherche dit :

    Des dizaines d’études ont comparé la valeur nutritive des aliments biologiques et conventionnels, et le consensus est clair : les différences nutritionnelles sont minimes et ne permettent pas de conclure qu’un mode de production est supérieur à l’autre pour la santé.2

    Pourquoi les petites différences ne changent pas grand-chose?

    Parfois, une étude rapporte qu’un légume bio contient un peu plus de potassium ou un peu moins de vitamine C qu’un légume conventionnel. Mais est-ce que ça change vraiment quelque chose pour ta santé globale? Probablement pas.

    Un légume contient des dizaines de nutriments différents. Se concentrer sur un seul d’entre eux pour en tirer une conclusion générale sur la valeur santé, c’est un peu ridicule. La valeur nutritive réelle d’un aliment dépend aussi de la variété cultivée, des conditions de croissance (eau, sol, ensoleillement), des méthodes de stockage et de préparation, pas uniquement du mode de production.

    La meilleure chose à faire pour ta santé? Manger une grande variété de fruits et légumes, bio ou non. Mais selon les statistiques, on sait déjà que cela est un problème pour plusieurs.

    Environ 90 % des Canadiens et Canadiennes mangent moins de 5 portions de fruits et légumes par jour alors que les recommandations en visent davantage.3

    La grande ironie, c’est que la peur des pesticides pourrait amener certaines personnes à éviter les fruits et légumes conventionnels si elles n’ont pas les moyens d’acheter bio, et c’est là que le risque réel apparaît. Parce que les bénéfices de manger des fruits et légumes (peu importe leur provenance!) sont massifs et bien documentés : réduction du risque de maladies cardiovasculaires, de certains cancers, de diabète de type 2, meilleure santé digestive, meilleure gestion du poids…

    Comment réduire encore plus son exposition aux résidus (si on le souhaite)?

    Même si les niveaux de résidus sont largement sécuritaires, tu peux facilement les réduire encore davantage avec quelques gestes simples :

    • Laver tes fruits et légumes avant de les manger ou de les cuisiner.
    • Les brosser quand la texture de la pelure le permet (pommes de terre, carottes, concombres).
    • Retirer les feuilles extérieures des laitues et des choux.
    • Peler certains fruits et légumes, même si tu perds alors quelques nutriments qui se trouvent souvent dans ou sous la pelure.

    Ces petits gestes suffisent amplement pour être bien en dessous des limites déjà très conservatrices fixées par Santé Canada.

    Alors, bio ou conventionnel? Comment faire son choix?

    La bonne nouvelle, c’est qu’il n’y a pas de mauvais choix ici, seulement des choix différents, selon ce qui compte pour toi. Voici quelques facteurs à considérer :

    Le budget

    Les produits biologiques coûtent généralement plus cher en raison des méthodes de production plus exigeantes et des volumes plus faibles. Si ton budget est limité, sache que les fruits et légumes conventionnels sont tout aussi nutritifs et sécuritaires.

    Les valeurs personnelles et l’environnement

    Certaines personnes choisissent le bio pour des raisons environnementales ou éthiques, c’est un choix tout à fait légitime! L’agriculture biologique et l’agriculture conventionnelle ont chacune leurs forces et leurs limites. L’agriculture conventionnelle peut, par exemple, contribuer à une meilleure santé des sols (en limitant le labour) et à des coûts alimentaires plus bas pour l’ensemble de la population.

    La disponibilité

    Selon où tu habites et la saison, l’offre de produits biologiques peut être limitée. Dans ce cas, les produits conventionnels locaux et de saison sont souvent un excellent choix. Ils sont frais, nutritifs et soutiennent l’économie locale.

    La saisonnalité

    Un fruit ou légume local et de saison, bio ou non, aura souvent un meilleur goût et une valeur nutritive optimale comparé à un produit bio importé depuis l’autre bout du monde.

    Profite de l’abondance, c’est ça, le vrai luxe!

    Grâce au travail des agriculteurs d’ici, on a accès à une abondance de fruits et légumes tout au long de l’année et les nutritionnistes s’entendent là-dessus : une alimentation riche en une grande variété de fruits et de légumes fournit une bonne partie des nutriments essentiels à la santé.

    Que tu choisisses du conventionnel ou du biologique, les deux systèmes de production donnent des fruits et des légumes sécuritaires et nutritifs. Alors choisis avec confiance, et surtout, choisis selon ce qui fait du sens dans ta vie : ton budget, tes valeurs, ta curiosité du moment… L’essentiel, c’est que ton assiette soit colorée et que tu te fasses plaisir.

    Pour en savoir plus sur les pesticides et l’agriculture canadienne, je t’invite à visiter le site de CropLife Canada ainsi que le calculateur de résidus disponible sur safefruitsandveggies.com.

    RÉFÉRENCES

    1. Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). Programme de surveillance des résidus de pesticides dans les aliments.
    2. Smith-Spangler C, et al. Are organic foods safer or healthier than conventional alternatives? A systematic review. Ann Intern Med. 2012;157(5):348–366.
    3. Statistiques Canada / Rapports sur les habitudes alimentaires des Canadiens.
    4. Alliance for Food and Farming. Pesticide Residue Calculator — basé sur une analyse de toxicologues du Personal Chemical Exposure Program, Université de Californie.